Éducation, égyptologie et héritage de Cheikh Anta Diop : les propositions du Pr Dème

Éducation, égyptologie et héritage de Cheikh Anta Diop : les propositions du Pr Dème

À l’occasion du 40ᵉ anniversaire de la disparition du professeur Cheikh Anta Diop, célébré le 7 février, le Pr El Hadj Malick Dème, enseignant-chercheur au département d’Histoire de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad), plaide pour une intégration effective de l’œuvre du savant dans les programmes scolaires. Docteur en égyptologie, il revient, dans cet entretien, sur les propositions déjà formulées et sur l’urgence d’une réelle volonté politique.

Le ministère de l’Éducation nationale a entamé la réforme des curricula. Quelle doit être la place de l’œuvre de Cheikh Anta Diop dans cette initiative ?

Il est vrai que la question des contenus enseignés dans nos écoles s’est invitée dans le débat public, dans un contexte d’échanges passionnés mais légitimes. Toutefois, l’introduction de l’œuvre du professeur Cheikh Anta Diop dans les nouveaux programmes scolaires relève exclusivement de la responsabilité des autorités en charge du système éducatif.

Cela dépendra également des objectifs assignés à la réforme. En sciences sociales et humaines, si la finalité est de former un citoyen décomplexé, responsable, conscient de son histoire et capable de participer de manière significative à la vie sociale de son pays, alors les travaux de Cheikh Anta Diop devraient occuper une place centrale dans ce projet éducatif.

Que préconisez-vous concrètement à ce sujet ?

Un séminaire s’est tenu il y a quelques années à Saly sur cette question. À cette occasion, l’ensemble des programmes scolaires – de la maternelle à la terminale – susceptibles d’intégrer la pensée de Cheikh Anta Diop ont été analysés en profondeur. Des propositions concrètes ont été formulées et un agenda précis élaboré.

La démarche devait commencer par la révision des textes régissant les curricula et les programmes, suivie de l’élaboration d’outils pédagogiques adaptés, sans oublier un programme de mise à niveau des enseignants. Pour avancer, il est impératif de prendre immédiatement les textes réglementaires nécessaires. C’est une condition sine qua non.

Par ailleurs, les équipes chargées de la rédaction des manuels scolaires doivent être mises en place sans délai. En attendant leur édition, des dossiers pédagogiques documentaires pourraient être mis à la disposition des équipes éducatives. Mais toutes ces actions exigent une réelle volonté politique, sans laquelle rien ne peut aboutir.

Il est également prévu la création d’un institut d’égyptologie à l’Ucad. Où en est ce projet et quel en est l’intérêt ?

En gestation depuis 2009, le décret portant création d’un institut d’égyptologie a récemment été réintroduit dans le circuit administratif après sa mise en conformité avec les dernières réformes intervenues à l’Ucad. Le nouveau recteur, le professeur Alioune Badara Kandji, s’est montré très favorable à ce projet. Il a d’ailleurs demandé l’élaboration d’un programme de base en vue d’un démarrage effectif des enseignements.

L’intérêt d’un tel institut n’est plus à démontrer. Cheikh Anta Diop a montré que la dimension égyptienne est indispensable pour comprendre l’histoire ancienne de l’Afrique. Il devenait donc nécessaire de créer un cadre universitaire dédié à l’étude et à l’approfondissement des relations entre l’Égypte ancienne et le reste du continent africain.

Cette nécessité est d’autant plus forte que l’égyptologie occidentale a rarement pris en compte l’Afrique, malgré les évidences géographiques et culturelles. En somme, le retour de l’Égypte ancienne dans le giron africain passe inévitablement par l’implantation, à l’Ucad, d’un institut d’égyptologie. Celui-ci pourra s’appuyer sur les nombreux travaux de Cheikh Anta Diop, de ses continuateurs, ainsi que sur la revue Ankh, publiée régulièrement depuis 1992, qui constituent déjà des fondations scientifiques solide

Source : https://lesoleil.sn/

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